Anecdotes sur une Branche de la Cascapédia par Gérard Bilodeau

     À la pêche comme à la chasse, j’aime partir à la découverte de nouveaux lieux pour pratiquer mes activités favorites. Je recherche plus particulièrement des endroits peu fréquentés par la « masse ». Même s’ils sont difficilement accessibles ils offrent bien souvent de belles occasions de rencontrer le gibier convoité ou de déposer la mouche dans de belles fosses regorgeant de saumons ou de truites n’ayant subi qu’une faible pression de pêche.

     Le cours principal de la rivière Grande-Cascapedia débute au confluent de la branche du lac et de la branche aux saumons. Ces deux cours d’eau de taille moyenne sont exploités par la Société Cascapédia et forment les secteurs D et E. Ils offrent des opportunités intéressantes de pêche du saumon en raison de la faible pression de pêche. Laissez-moi vous présenter quelques anecdotes mémorables vécues sur quelques fosses du secteur E.

Des Saumons Têtus

Anecdotes sur une Branche de la Cascapédia
     Dès 5 :00, Lucien et moi quittons Saint-Jules de Cascapédia en route vers notre rendez-vous. Destination : le Relais de la Cache située le long de la route 299 où nous avons avons rendez-vous avec nos guides.

     Comme l’eau est très basse, en ce 15 juillet 2006, nous pêcherons le Home Pool. Dans de telles conditions, les saumons se concentrent dans les fosses majeures et attendent que le niveau de l’eau s’élève pour poursuivre leur migration. Après plusieurs minutes de marche le long de la rivière, nous arrivons à la tête de la fosse où déjà les saumons se manifestent par des sauts spectaculaires hors de l’eau ou des marsouinages en surface.

     Nous pêchons à tour de rôle en se faisant le plus discret possible. Longs lancers pour éviter de pénétrer trop loin dans la fosse afin de ne pde petites mouches sèches ou noyées bref malgré plusieurs heures d’efforts soutenus les saumons boudent nos offrandes. On fait face à des saumons têtus, ce qui est souvent le cas quand les saumons sont « homés » depuis plusieurs jours.

     Comme l’eau de la queue de la fosse est lisse et que le courant est régulier, je fais un demi-noeud sur le côté la hampe de l’hameçon directement sur la tête de la mouche. Ceci fera patiner ma petite mouche noyée en surface. Cette technique, appelée riffling hitch m’avait été montrée quelques années auparavant par le regretté Lee Foran, guide réputé de la rivière Grande-Cascapedia. Lee Wulff l’a présenté pour la première fois en 1958 dans son livre The Atlantic Salmon.

     Elle comporte un aspect spectaculaire, tout comme la sèche, parce que le saumon doit briser la surface de l’eau pour prendre la mouche. Mais ma motivation première à utiliser cette technique est de présenter d’une manière différente une mouche noyée aux dizaines de saumons présents dans cette partie de la fosse. Je suis donc très attentivement chaque dérive de la mouche décrivant un V en surface.

     Soudain, un saumon apparaît, brise la surface et suit la mouche pendant une ou deux secondes, ouvre la gueule, saisit la mouche et s’enfonce sous l’eau. Ma soie se tend et je n’ai qu’à lever ma canne pour le ferrer. Immédiatement la soie se raidit. Le saumon se débat violemment pour se défaire de la mouche. J’applique une pression constante et ferme afin d’écourter le plus possible le combat. Après quelques minutes, je gracie un saumon mâle d’une quinzaine de livres qui rejoint rapidement les profondeurs de la fosse. Cette prise m’a démontré une fois de plus que face à des saumons têtus, une modification de la technique de présentation de la mouche peut être gagnante.

L’importance de la Concentration !

rivière Grande-Cascapedia
     Deux ans plus tard, toujours accompagné de Lucien et du guide Jason, j’ai à nouveau l’occasion de pêcher le secteur E. Jason nous propose de se déplacer à pied le long de la rivière et d’explorer les fosses et les « pots » qu’on croisera sur notre parcours. On est au début de juillet et le niveau de l’eau permet aux saumons de se déplacer facilement en rivière en raison des averses de pluies qui nous tombent régulièrement dessus. On peut donc le retrouver partout en rivière où les conditions sont favorables.

     Arrivés à la première fosse, Lucien débute en pêchant la tête avec une noyée. Après quelques lancers, il capture un beau saumon qu’il gracie au bout de quelques minutes. Rendu à mon tour, je choisis de pêcher à la sèche la section aval de la fosse. Comme un léger brouillard subsiste près de la surface de l’eau, j’ai de la difficulté à localiser les saumons dans la fosse même si l’eau est relativement lisse.

     Je pêche donc à l’aveuglette en lançant ma mouche au-dessus des endroits prometteurs. Comme un fantôme, un saumon apparaît sous ma mouche et créé un énorme remous en surface sans la saisir. Ce même saumon répètera le même manège cinq autres fois sans jamais prendre la mouche dans sa gueule. À chaque fois que je change de mouche (grosseur et couleur), le saumon manifeste son intérêt au premier passage puis après plus rien. Au bout d’une heure j’abandonne la partie. Le saumon a gagné.

     Nous décidons de changer de fosse. Plus loin en amont il y a une table à pique-nique où nous pourrons luncher. Chemin faisant, nous croisons un « pot » où la profondeur et la vitesse de l’eau peuvent retenir des saumons. Tout en observant ma mouche dérivée dans le courant, je parle avec mes compagnons. Ce qui devait arriver arriva. Un saumon, énorme celui-là, monte en surface avec la ferme intention de prendre la mouche. Comme je ne suis pas concentré, je tente de le ferrer dès que la mouche disparaît. Résultat : je sens une légère résistance et la mouche me revient aussitôt. Comme le saumon a senti la piqûre de l’hameçon il est clair qu’il ne reviendra pas. Jason et Lucien ont tout vu. « Ce saumon était immense » de me dire Jason, avec à fois un brin de reproche et de regret dans la voix.

     La journée de pêche se termine ainsi. Elle a été, somme toute, riche en action, en émotion et en apprentissage. En définitive, c’est ça qui fait le charme de la pêche du saumon

Références

» Texte et photos: Gérard Bilodeau (2010).
» FQSA
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