Coup d'oeil sur les Rivières du Vermont

     Pour plusieurs Québécois, le Vermont symbolise les loisirs hivernaux, grâce à ses nombreuses pentes de ski. Mais en réalité, c'est plus que cela. En été, c'est la destination de nombreux visiteurs, qui y retrouvent le calme et la tranquillité d'une région où on a compris le bien-fondé de conserver intacts le patrimoine et l'environnement. Ici, la montagne et la forêt cadrent bien avec les petites exploitations agricoles et laitières.

Coup d'oeil sur les Rivières du Vermont
     Ce petit État est reconnu pour sa restauration et sa chaude hospitalité. Tout un réseau de vieilles auberges rustiques couvre le territoire et la cuisine y est excellente. De splendides cours d'eau qui coulent tantôt en montagne, tantôt dans la vallée, offrent de magnifiques habitats aux salmonidés. L'arc-en-ciel est l'espèce dominante; néanmoins, on retrouve de superbes brunes et de délicates mouchetées, des espèces indigènes bien encadrées par des ensemencements de soutien capables de supporter la pression de pêche sportive.

     Voisinant le Québec, cet État englobe une quarantaine de cours d'eau se déversant dans quatre bassins hydrographiques bien définis : au nord, les rivières se déversent dans le Memphrémagog; à l'est, c'est le versant de la rivière Connecticut; au sud, elles vont dans l'Hudson et à l'ouest, elles se dirigent vers le lac Champlain.

     Il serait téméraire de présenter toutes les rivières dans un seul texte, aussi je vous propose un trajet du nord au sud, en passant par le centre du territoire.

LA MISSISQUOI

     C'est une rivière américaine, qui coule au Québec sur une distance de quatorze milles avant de retourner au Vermont, pour ensuite se déverser dans le lac Champlain. Le secteur le plus intéressant est la partie qui va de sa source à la frontière du Québec. Appelée «Haute Missisquoi», la rivière est facilement accessible par la route 243, en direction de Highwater. De Westfield à Troy, c'est l'habitat de la mouchetée et, en octobre, les paysages y sont d'une beauté exceptionnelle. De Troy jusqu'à North Troy, il y a cinq milles de rivière habités par la brune. Un bonne route de terre longe le cours d'eau, dans un paysage champêtre où l'on retrouve cascades et chutes voisinant de beaux bassins, témoins de superbes éclosions d'éphémères.

     Une reproduction naturelle et des ensemencements de soutien permettent une pêche de qualité, au cours d'une saison de pêche beaucoup plus longue qu'au Québec. Dès la fin avril, au moment où l'eau de fonte commence à se réchauffer, la truite sort de sa léthargie hivernale et reprend rapidement son activité. La pêche du début de l'été est invitante, avec ses éclosions d'insectes d'eau rapide, et les mois de juillet et août dévoilent leurs éclosions d'éphémères fouisseuses dans les fosses d'eau tranquille. En septembre, les gros géniteurs arborent une robe digne du décor automnal, dans une palette de couleurs éblouissante. Je vous recommande plus particulièrement les fosses du pont couvert, à l'endroit où se déverse la petite rivière |ay, un cours d'eau de montagne aux eaux cristallines et froides.

     Le secteur des cascades et de la chute Big Fall est reconnu pour ses grosses truites. L'éphémère Light Cahill y est abondante au début de juin, et il est préférable d'utiliser une imitation # 10 ou 12 qui flotte bien. La Potamanthus distindus du mois d'août est imitée par une Cream Variant # 10. Claude Bernard y pêche régulièrement et fait d'excellentes captures avec les imitations d'éclosions, mais aussi avec les Haystack et la jarret Noir, un streamer # 6 ou 8.

La Lamoille

     Plus volumineuse que la Missisquoi, cette rivière coule en direction du lac Champlain. Elle offre deux secteurs intéressants, localisés de part et d'autre de la municipalité de Morrisville. De Hyde Park à johnson, on rencontre des truites arc-en-ciel de 9 à 14 pouces, et les dix milles de rivière entre Wolcott et Morrisville sont reconnus comme le meilleur secteur à truites brune et arc-en-ciel.

     Cette région reçoit de l'eau froide du Green River Réservoir, ce qui améliore la qualité des eaux de la Lamoille durant la canicule. Les éclosions y sont les mêmes que celles des autres rivières du Vermont. En période d'inactivité, les Muddler # 10 ou 12 sauront plaire à l'arc-en-ciel. Les artificielles à plumes souples et au corps verdâtre, utilisées dans les endroits où la rivière se resserre et devient plus rapide, sauront également tenter le poisson convoité.

Les tributaires de la Winooski

     Située au coeur du Vermont, la petite ville de Montpelier est la capitale de l'État. La Winooski coule à Montpelier et se dirige vers l'ouest pour y rejoindre le lac Champlain. Trois tributaires importants rejoignent la Winooski à la hauteur de Montpelier : la branche nord de la Winooski, la Dog River et la Mad River.

La branche nord de la Winooshi

     La route 12 longe ce tributaire jusqu'à Montpelier. De sa source jusqu'à Worcester, ce cours d'eau est habité par la mouchetée. Le cours supérieur, de Worcester à Montpelier, est le royaume de la truite brune. Son eau cristalline coule tantôt sur un fond de gravier, tantôt sur le roc. C'est un cours d'eau rapide avec chutes et cascades, enchâssé dans un nid de verdure où les grands arbres le couvrent de leurs rameaux protecteurs, et où les rochers lui font faire mille cavalcades mélodieuses.

La Dog River

      Se déversant dans la Winooski à la hauteur de Montpelier, ce cours d'eau qui coule du sud au nord supporte une bonne population de truites brunes. Son eau froide, d'une transparence sans pareille, provient de nombreux ruisseaux de montagne, convient bien aux salmonidés et offre un habitat adéquat à une bonne reproduction.

     De la source à Roxbury, jusqu'à Northfield, c'est le domaine de la petite mouchetée et de l'arc-en-ciel; en aval jusqu'à la Winooski, c'est le territoire de la brune. La Dog River est donc une excellente rivière à brunes et, chaque année, des poissons-trophées y sont capturés. La limpidité de son eau est telle qu'il est difficile de bien évaluer la profondeur de ses fosses. Il vaut mieux être prudent lorsqu'on pêche a gué.

     Un couvert de feuillus bien entretenu offre aux truites ombre et protection, tout en ajoutant au charme du paysage. La variété des éclosions d'éphémères et de phryganes rend la pêche à la mouche très productive et invitante. Les tributaires de la Winooski coulent surtout en vallée, et on y retrouve des eaux rapides avoisinant des eaux plus lentes, à peu près en quantités égales. Les poissons rencontrés dans la Dog River se situent entre 10 et 15 pouces; par contre, de très beaux géniteurs nagent dans ces eaux. La route 12 longe la rivière et la rend accessible sur toute sa longueur, le vous recommande la section de Northfield à Montpelier, soit environ huit milles de rivière à explorer et à apprécier.

La Mad River

     Cette rivière coule parallèlement à la Dog River et se déverse dans la Winooski, à six milles en aval de Montpelier. Reconnue comme étant le cours d'eau le plus pittoresque du Vermont, la Mad River mérite bien sa réputation. Elle serpente dans la vallée Sugarbush où l'on retrouve de belles vieilles fermes bien conservées.

     Son lit de gravier, témoin de milliers d'années d'érosion, nous laisse admirer, tout au long de son parcours, des rives rocheuses qu'on dirait sculptées par un grand artiste, qui aurait créé ce bijou de rivière comme écrin en hommage à cette merveilleuse truite arc-en-ciel. Il faut pêcher cette truite à la mouche pour comprendre tout le plaisir que procure ce superbe poisson lorsqu'il entreprend ses cabrioles à la surface de l'eau rapide.

     Le parcours de cette rivière est ponctué ici et là de chutes et cascades dévalant des parois abruptes; c'est une rivière classique d'eau vive et de fosses profondes. Des eaux transparentes, de teinte légèrement verdâtre, accueillent des poissons de 8 à 12 pouces et, à l'occasion, de beaux géniteurs.
De Warren à Moretown, c'est l'habitat de l'arc-en-ciel, qui y retrouve une abondante nourriture composée d'insectes d'eau rapide. On retrouve dans cette région tout un réseau d'agréables auberges au cachet historique. Plusieurs se situent sur la route 100, voisinant la Mad River.

     Son attrait touristique y crée une fréquentation plus importante que sur la Dog River, quoique la beauté du paysage et l'attrait de ses fosses la rendent très invitante. Néanmoins, il est toujours bon d'ajouter au plaisir de la pêche, une auberge accueillante offrant une table gastronomique.

La White River

     Le réseau de la White River couvre le plus vaste bassin hydrographique du Vermont. C'est une large rivière se déversant dans la Connecticut. jadis, le saumon de l'Atlantique venait y frayer. Aujourd'hui, nous y retrouvons la U.S. Fish Hatchery, une pisciculture fédérale que nos voisins ont érigée pour entreprendre la réintroduction de ce merveilleux poisson dans leurs rivières de la côte atlantique.

     On fait maintenant de grands efforts pour restaurer le saumon dans la Connecticut et la White River; néanmoins, cela s'avère difficile, principalement à cause de la pollution en aval de la Connecticut et des nombreux barrages difficiles à franchir. Des millions de jeunes saumons sont élevés en bassin à Bethel, où se situe la pisciculture, très moderne et méritant une visite.

     La White River, qui a 57 milles de longueur, ses trois branches et ses tributaires accueillent une abondante population de salmonidés. L'arc-en-ciel y domine, bien installée dans des eaux rapides aux fosses larges et profondes, qui conviennent bien à ses grands déplacements. La brune se retrouve dans les fosses calmes, dans les première et troisième branches, qui offrent une qualité de pêche exceptionnelle.

     Ce cours d'eau rapide à forte pente connaît des crues importantes mais heureusement, il possède la capacité de les assimiler rapidement. En 24 heures, la White River peut facilement absorber une crue de deux pieds et laisser des fosses bien définies pour une pêche agréable. Alors que les autres rivières du Vermont débordent, la White River peut redevenir intéressante à pêcher en quelques heures.

     Se retrouver en présence d'un groupe d'arc-en-ciel se nourrissant sur une éclosion d'éphémères procure un spectacle impressionnant. Les palpitations cardiaques sont intenses. C'est souvent déconcertant pour le débutant qui essaie de séduire ce poisson, hautement sélectif pour sa nourriture. Le pêcheur à la mouche qui, par son artificielle, séduit ces diablesses, connaît des moments d'extase qu'il garde longtemps en mémoire. Ce poisson étant grégaire et se déplaçant souvent, la White River est un superbe cours d'eau qui convient très bien à ses migrations. Il faut explorer plusieurs fosses pour y repérer des signes de sa présence. La découvrir est déjà un grand bonheur. Anticipez les éclosions, observez et informez-vous sur celles des jours antérieurs. L'action arrive spontanément, et souvent ne dure que quelques heures.

     L'arc-en-ciel est solidement implantée dans la White River car des tributaires de qualité permettent une excellente reproduction.

     La mouchetée affectionne ces tributaires et se rencontre à leur source. La brune, plus solitaire, se retrouve dans les fosses profondes du cours principal de la White River, et ce sont de gros géniteurs qui défendent leur territoire. De tels poissons attirent ceux qui recherchent les poissons-trophées.

     Cette rivière possède le potentiel nécessaire à la croissance de grosses truites et l'on y capture souvent de la brune ou de l'arc-en-ciel de trois à huit livres.

     Son cours principal présente une succession de coulées et de rapides se déversant dans des fosses profondes. De Stockbridge à Bethel, la route 107 longe toute cette section et de nombreux stationnements publics sont aménagés pour en faciliter l'accès. C'est un parcours très fréquenté, qui cependant offre de grandes possibilités, la rivière étant large et les fosses de qualité. Je vous recommande fortement d'explorer le secteur en aval, de Bethel à Sharon; l'accès en est plus limité, mais on y retrouve une pêche de qualité équivalente.

     Le cours inférieur, de Hancock à Stockbridge, est le territoire de poissons de plus petites dimensions, des brunes et des arc-en-ciel de dix à douze pouces, mais peut-être plus faciles à séduire.

La troisième branche de la White River

     De East Grandville à Randolph, ce cours d'eau séduira les amants de solitude. De dimension moyenne, il serpente à travers champs, traversant de petites exploitations agricoles. Cela procure une pêche de qualité, dans un cours d'eau de dimension agréable où l'on retrouve principalement de la brune et quelques spécimens d'arc-en-ciel. On y accède facilement par la route 12-A, soit de Bethel, ou tout simplement en longeant la Dog River qui voisine cette branche de la White River.

La Barten Hill

     Cette rivière du sud du Vermont s'apparente à ses voisines de l'État de New York et se déverse dans l'Hudson. Cette région au climat plus tempéré et au relief moins accidenté possède des cours d'eau moins rapides que ceux de régions montagneuses. La Batten Kill coule dans une vallée inclinée et se dirige vers la plaine, qu'elle retrouve dans l'État de New York.

     Les éclosions y diffèrent de celles du nord et on y pratique la pêche plus tôt en saison. Cette rivière possède un long passé historique, car elle est le berceau de la pêche à la mouche au Vermont. Sur ses rives, on retrouve la municipalité de Manchester, où s'est implantée il y a plus de cent ans la célèbre maison Orvis. Le musée Fly Fishing Muséum de Manchester a été longtemps associé à Orvis. Il est maintenant autonome et sa visite vaut à elle seule le déplacement.

     La Batten Kill accueille de la truite brune indigène, et aucun ensemencement n'y a été pratiqué depuis les vingt dernières années. Son eau froide, venant de ruisseaux de montagne, et ses sources souterraines, permettent la pêche même durant la canicule. De gros géniteurs habitent ce cours d'eau et il faut les apprivoiser, car la brune indigène est très difficile à séduire.

     Les eaux de cette rivière sont claires, quoique de teinte brune, mais comme elles ne sont pas très rapides, elles sont souvent très affectées par les pluies abondantes, devenant non productives pendant quelques jours.

     Le meilleur secteur est situé entre Arlington et la frontière de l'État de New York. Quoique largement publicisé, ce cours d'eau s'avère plus productif dans sa section se trouvant du côté de l'État de New York, la pression de pêche y étant moins grande et des secteurs de pêche à la mouche y étant installés. 

     Néanmoins, cette rivière demeure acceptable pour une pêche intéressante. Située à une distance raisonnable de la White River, le Québécois devrait y prolonger son voyage pour compléter sa tournée des grandes rivières.

LES ECLOSIONS

     Le Vermont constitue une zone de transition entre les régions froides et nordiques du Québec et le climat tempéré de la région de New York. Aussi, les éclosions n'y sont pas aussi massives et constantes que celles de l'État de New York et de Pennsylvanie. Elles tendent à être irrégulières, plus localisées et moins nombreuses, un peu comme dans les rivières du Québec.

     Les éclosions du Vermont sont largement influencées par la température de l'eau et par le réchauffement progressif de la saison estivale. La montagne et la vallée jouent un rôle primordial dans le réchauffement des cours d'eau et affectent beaucoup les éclosions dans ces régions.

     On y retrouve les éphémères d'eau rapide, comme les Quill Gordon (Epeorus pleurafis #12 et 14, fin mai - début juin), les Hendrickson (Epbemerella subvaria #12 et 14, début juin), les March Brown (Slenonema vicarium #10 et 12, juin), les Grey Fox (Stenonema fuscum #12 et 14, fin mai -juin), les Blue Winged Olive (Baetis vagans #16 et 18, fin avril et début mai) les Light Cahill (Stenonema canadense ou ithaca#12 et 14, mi-juin à début juillet), les Cream Variant (Ephemera varia #10 et 12, fin juillet - début août) et les Dun Variant (Isonychia bicolor #10 et 12, juillet - septembre).

     Pour les eaux à débit lent et à fosses tranquilles, nous trouvons les Blue Quill (Paraleptophlebia adoptiva # 16 et 18, mai), les Sulfur Dun (Ephemerella dorothea #14 et 16, mi-juin) et les Cream Variant (Pothamanthus distinctus #10 et 12, fin juillet-août).

     Les imitations très utilisées au Vermont pour reproduire les phryganes ou caddis (trychoptères) sont essentiellement des Vermont Hare's Ear Caddis dont on varie la grosseur (#10 -18) et la couleur du corps (noir, brun, vert, olive, etc.). Le hackle brun et le hackle grizzly signent cette mouche populaire du Vermont.

Références

» Texte & Photo: Jacques Juneau (Avril 1993).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.
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