Dorés de la Batiscan par Gilles Aubert

     À la pêche, durant la saison estivale tout comme la saison hivernale, ceux qui ont raffiné leurs techniques. Voici celle d’un pêcheur émérite qui réussit, à chaque hiver, à soutirer de gros dorés de la rivière Batiscan.

     Jadis pratiquée uniquement par les Amérindiens et les Inuit pour assurer leur subsistance, la pêche sous la glace est maintenant devenue une activité de plein air pratiquée par plus de 325 000 Québécoises et Québécois. Pourquoi un tel engouement? C'est que les joies de la pêche blanche peuvent être partagées par tous les membres de la famille, le coût de l'équipement étant minime et les plans d'eau facilement accessibles.

     La perchaude est le poisson le plus récolté par les adeptes de cette activité à l'extérieur (plus de 90 % des prises annuelles). Cependant, depuis quelques années, des adeptes de cette pêche capturent aussi d'autres espèces considérées comme plus sportives, les dorés étant les plus recherchés. Étant donné qu'ils sont plus difficiles à leurrer, les personnes qui obtiennent du succès ne courent pas les rues.

     Comme à la pêche durant la période estivale, je suis d'avis que ce n'est pas une question de chance si certains reviennent rarement de leur excursion les mains vides. Ils connaissent les moeurs et les habitats du poisson recherché, apportent un soin jaloux à leur équipement et ils ont raffiné leurs techniques de pêche, de sorte que les moindres détails prennent dès lors une importance capitale.

     L'hiver dernier, j'ai accompagné Stéphane Telmosse, l'un de ces rares pêcheurs expérimentés qui a bien voulu me livrer, pour le bénéfice des lecteurs du magazine Sentier Chasse-Pêche, le fruit de son expérience.

Le pêcheur

     Stéphane Telmosse est un adepte de la pêche blanche depuis plus d'une vingtaine d'années. Ce résident de Québec, mais originaire de Saint-Hyacinthe, n'est certes pas vieux en âge, mais la somme des connaissances acquises avec les années font de lui un pêcheur sous la glace des plus accomplis. Ce n'est pas dans les livres qu'il a puisé son expérience, mais bien sur le terrain. Il m'a même avoué s'être souvent absenté de l'école pour pratiquer son activité favorite. Les tenues préférées des poissons autour des îles de Sorel, dans la rivière Yamaska, dans le lac Saint-Louis et d'autres plans d'eau de cette région n'ont presque plus de secret pour lui. Maintenant qu'il habite la Vieille Capitale, il a découvert des sites de pêche peu exploités par les pêcheurs locaux. L'hiver dernier, je l'ai rencontré au Centre de pêche de la Batiscan, une pourvoirie opérée par Normand Perreault à l'embouchure de la rivière Batiscan. Je vous fais donc un compte rendu sommaire des commentaires recueillis au cours de cette excursion de pêche l'hiver dernier.

Moeurs et habitat du doré

     Il importe de savoir que le doré, hormis la migration vers les sites de fraie, passe presque toute sa vie dans un territoire assez restreint. Il se déplace donc généralement très peu, d'où l'importance pour le pêcheur d'être bien renseigné sur les tenues et sur les voies de déplacement empruntées pour se rendre sur les lieux de nourriture. Le pêcheur averti sait aussi que les dorés sont des poissons grégaires, se déplacent donc en banc et, compte tenu de leur structure rétinienne, évitent la lumière intense. Ce sont des poissons plus actifs en début de matinée et en fin de journée.

     Il faut aussi noter que ce poisson est très méfiant et se tient généralement collé près du fond du plan d'eau. Toutefois, étant donné qu'il a un appétit sans bornes, soyez assuré que le doré se présentera tôt ou tard aux endroits où il peut s'alimenter. Recherchez les hauts-fonds rocailleux où peuvent se cacher les petits poissons, son mets préféré. Il faut aussi se rappeler que les dorés sont moins affectés que les autres poissons par l'abaissement de la température de l'eau, de sorte qu'ils sont presque aussi actifs au cours de la période hivernale.

L'équipement

     Comme la plupart des pêcheurs de doré sur la glace, Stéphane utilise des brimbales et une canne à jigger. Il aime bien se servir des brimbales qu'il a lui-même fabriquées, même s'il est d'avis que celles vendues dans les magasins de sport sont de bonne qualité. Il apporte cependant un soin jaloux au balancement de cet engin de pêche. «Les gros dorés étant des poissons très méfiants, souvent ils s'approchent de l'appât, le poussent délicatement et s'aperçoivent de la ruse. Il faut que les brimbales soient légères et bien balancées, de préférence avec un plomb coulissant d'un poids variant de 1/2 à 3/4 d'once (14,18 à 21,26 gr). Le système consiste à installer un bout de monofilament qui est retenu solidement à chaque extrémité de la brimbale. Il s'agit alors de poser un plomb à rainure caoutchoutée sur le monofilament, ce qui permettra de déplacer le plomb de manière à équilibrer parfaitement la brimbale. Cette façon de contrebalancer le" poids du montage permet de sentir la moindre touche du poisson».

     Quant au poids du plomb accroché au monofilament, il varie de 3/4 à 1 once (21,26 à 28,35 gr), tout dépendant de la force du courant (dans le fleuve Saint-Laurent) et de la profondeur de la colonne d'eau pêchée. Si vous utilisez plutôt des jigs, la pesanteur des têtes dépendra aussi de ces deux facteurs. Quant à la canne à jigger, elle est courte (entre 18 et 22 po [45,7 et 55,9 cm]) et la préférence de Stéphane va pour le scion d'une canne à moucher, à action rapide, fait de fibres de graphite.

     Il souligne de plus que le pêcheur astucieux porte une attention particulière à la ligne. Telmosse prétend que le monofilament devrait être de bonne qualité, d'un fin diamètre, non cassant au froid et d'une résistance de moins de 8 lb; son choix se porte sur le 6 lb. Quant aux hameçons, il préfère ceux dont la hampe est assez longue. Ils doivent être de bonne qualité pour pouvoir retenir des gros poissons, bien affûtés et assez légers pour permettre au méné de nager librement. Généralement, pour ne pas alerter les gros dorés méfiants, il emploie des hameçons n° 6. Il aime bien aussi placer, sur quelques brimbales, des jigs avec des queues de plastique de différentes couleurs, le jaune et l'orange étant souvent, selon ses dires, les plus productives. Étant donné que Telmosse préfère combattre le poisson en tenant la ligne dans ses mains nues, le moulinet ne sert qu'à emmagasiner la ligne.

Techniques de pêche

     Il ne suffit pas d'avoir un équipement approprié pour être certain de récolter des dorés assez régulièrement: il faut s'en servir adéquatement. Quoi qu'en pensent les non avertis, ce n'est pas une pêche facile et l'expérience d'un pêcheur chevronné fait souvent la différence. Ainsi, je fus surpris de voir les brimbales disposées en demi-lune plutôt qu'en ligne droite, ce qui lui permet de mieux prospecter les différentes structures. De plus, il creuse souvent de nouveaux trous durant la journée et, à l'aide de sa canne à jigger, il vérifie si le doré y est présent; il faut se rappeler que ces poissons se déplacent en petits groupes. S'il a trouvé un endroit propice, il creusera les autres trous à l'aide d'une tarière manuelle afin de ne pas alerter les poissons.

     Cet ancien directeur du Club de chasse et pêche Maska de Saint-Hyacinthe m'a avoué que le succès de la pêche blanche, et principalement celle du doré, reposait sur des détails. Ainsi, lorsque le poisson ne mord pas, il faut attacher les hameçons à des hauteurs différentes sur chacune, des brimbales afin de changer la profondeur des appâts. Cependant, me signalait-il, n'attendez pas en fin de journée! Dès que vous récoltez un doré, remarquez sur lequel des hameçons et/ou jigs il a été attrapé; vous pourrez ainsi les disposer de la même manière sur les autres brimbales.

     Ce maniaque de la pêche est toujours à l'affût du moindre mouvement des lignes. A toutes les 15 à 20 minutes, il prend la ligne de chaque brimbale, soulève les appâts de quelques pouces (quelques centimètres) afin de solliciter peut-être un doré en quête de sa pitance. Il vérifie aussi régulièrement l'état de chaque méné* et, s'il n'est pas en bon état, il le remplace par un autre plus frétillant. Pour que la ligne soit toujours libre, il enlève souvent la glace qui se forme dans le trou à l'aide d'une écope perforée. J'ai de plus remarqué que Telmosse empalait par la gueule, sur chacun des deux hameçons de chaque brimbale, deux ménés vivants de différentes grosseurs, «une approche qui fait souvent la différence», me confia-t-il. Il préfère utiliser moins de lignes autorisées par la loi et y prêter davantage attention.

     L'une des meilleures façons de leurrer le doré est sans aucun doute, toujours selon l'avis de notre expert, la pêche à la dandinette avec des jigs. A ceux-ci, il enfile une queue de plastique de couleur jaune ou orange (quelquefois le chartreuse, le noir et le vert fluorescent sont indiqués) et fixe ensuite un méné vivant à l'hameçon. Cette technique est l'une des plus productives. Il suffit de descendre l'offrande au fond du plan d'eau, de maintenir un moment de pause et de la remonter de quelques pouces (quelques centimètres); attendre quelques instants, et répéter le même manège en ne laissant pas trop de «mou» dans la ligne. Généralement, le poisson attaquera le leurre lorsqu'il est soulevé du lit du plan d'eau.

     Au moindre frémissement de la ligne (brimbale ou canne à jigger), prenez le monofilament dans vos mains nues afin de vous permettre de sentir le moindre mouvement du poisson. Évitez de ferrer immédiatement, laissez plutôt le doré attraper le vairon et laissez-le filer avec l'appât en lui donnant de la ligne. 

     Ensuite, ferrez d'un léger mouvement du poignet, car il faut se souvenir que la ligne est plutôt courte et d'un fin diamètre; elle pourrait se rompre sous le choc. «Ne vous hâtez pas pour amener le poisson au trou, de me dire Telmosse, une faute commise malheureusement par plusieurs pêcheurs non expérimentés. Ayez toujours en mémoire que la ligne est d'une résistance de 6 ou de 81b et que le doré, même si la température de l'eau est froide, défend chèrement sa vie». Généralement, Telmosse prend une dizaine de minutes pour sortir de l'eau un doré de bonne taille. Dès qu'il aperçoit la tête du poisson dans le trou, il le saisit par la tête.

     J'espère que ces renseignements et commentaires d'un pêcheur chevronné comme Stéphane Telmosse sauront vous aider à récolter plus de dorés sous la glace. Si vous ajoutez une bonne dose de patience et de ténacité, vous connaîtrez sûrement le succès. Fort populaire dans la grande région de Montréal, il est à souhaiter que la pêche blanche devienne davantage prisée par les sportifs de la région de Québec.

Références

» Texte & Photo: Gilles Aubert (Décembre 1991).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.

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