Hommage à Bella Bérard

Hommage à Bella Bédard: Là où Humilité et Passion se Côtoient
     Parmi les saumoniers ayant fréquenté les rivières au cours des années 80, qui ne se souvient pas de Bella Bérard? Passionnée par la pêche, à l’époque cette femme de Dollard-des-Ormeaux a été très active sur les rivières à saumons. Au printemps dernier, à la rencontre semestrielle du comité de rédaction de la revue Saumons Illimités, elle a fait l’unanimité quant au choix de la personne à mettre en vedette dans le cadre d’un numéro consacré aux femmes dans le monde de la pêche du saumon. Nous voulions rappeler, au bénéfice de la mémoire collective, l’influence que Bella a eu dans le monde de la pêche sportive à la mouche, et plus particulièrement à la pêche du saumon.

     Je lui ai donc téléphoné au début de l’été pour prendre rendez-vous en vue de réaliser une entrevue. Bella m’a immédiatement reconnu même si nous ne nous étions pas parlés depuis plus de vingt ans. Tout naturellement, nous avons engagé la conversation comme si nous nous étions laissés la veille. Au bout de quelques minutes, je n’avais aucun doute : Bella affichait toujours la même passion pour la pêche et les activités de plein air. Elle m’a bien fait sourire quand elle m’a spontanément dit que son histoire n’intéresserait pas les lecteurs. Je reconnaissais chez elle un autre trait de caractère : sa grande humilité.

     Elle a exécuté ses premiers lancers dans la fosse Les Fourches sur la rivière Matapédia au début des années 80. Bella se souvient que les saumoniers la regardaient avec curiosité, peu habitués à voir une femme s’élancer ainsi dans la fosse. « C’était peut-être à cause de l’imperméable jaune que je portais », m’a dit tout bonnement Bella qui avait remarqué que les autres portaient des vêtements aux couleurs plus foncées. Bella se rappelle aussi les conseils judicieux que lui prodiguaient ceux alors présents. Elle avait rapidement compris qu’il se passait quelque chose de spécial sur le bord d’une fosse à saumons : l’existence d’une forme d’entraide et de camaraderie propre à la communauté des saumoniers.

     C’est sur la rivière Matapedia qu’elle a capturé son premier saumon, « un beau dix livres », m’a dit Bella avec fierté. Par la suite, elle a eu l’occasion de pêcher avec Richard Adams dans le secteur Glen Emma : elle se souvient notamment d’un beau saumon de 20 livres qu’elle a capturé en sa compagnie. Les conseils de Richard lui avaient permis de le sauver même s’il combattait farouchement pour se débarrasser de la mouche. Me rappelant la grande sensibilité de Richard à l’égard des femmes, je peux facilement m’imaginer les efforts particuliers qu’il a déployés pour que Bella sauve son saumon…

     Bella me raconte que c’est un texte paru dans le quotidien La Presse portant sur le Congrès de la Fédération québécoise pour le saumon atlantique qui l’a incitée à participer à cet événement. Ce fut une occasion pour elle d’étendre son réseau de contacts. Elle y a entre autres rencontré feu Roger Pelletier de Sainte-Anne-des-Monts et Clermont Grand’Maison de Gaspé, qui lui ont fait découvrir leurs rivières préférées : la rivière Sainte-Anne et les rivières du Grand Gaspé.

    « Grâce à Roger Pelletier, j’ai pêché avec le guide Raymond Pelletier. Il a su me communiquer sa connaissance intime de la Sainte-Anne », m’a révélé Bella. Elle a poursuivi : « Avec Clermont, nous avons pêché les fosses de la York, de la Saint-Jean et de la Dartmouth… J’aimais beaucoup marcher d’une fosse à l’autre en forêt », témoignant par là son amour de la nature, son besoin de se retrouver en forêt. Car pour Bella, la pêche, que ce soit au saumon ou à n’importe quelle autre espèce, constitue une occasion d’être en contact avec la nature, loin du rythme effréné et du caractère impersonnel des grandes villes.

     Bella a aussi pêché quelques rivières de la Côte-Nord. Elle a particulièrement aimé la Mingan en raison du caractère sauvage de cette rivière, mais surtout parce qu’elle a côtoyé et pêché avec les Montagnais de Ekuanitshit (nom Montagnais de la réserve de Mingan), chez qui elle a retrouvé le même respect et le même amour qu’elle voue à la nature.

Laissons Bella nous Évoquer ses plus Beaux Souvenirs à la Pêche du Saumon

     « C’est difficile pour moi d’en choisir un parce que je n’ai que de bons souvenirs… Toutefois, en y pensant bien, je te dirais qu’un saumon qui brise la surface de l’eau pour prendre une sèche représente pour moi un moment que je trouve très excitant… ou encore quand la mouche mouillée se déplace dans le courant et qu’un saumon la saisit violemment, la soie et la canne qui se tendent tout d’un coup me procurent des sensations uniques. »

     Bella allait souvent seule à la pêche au saumon, comme à ses activités de canotage ou de camping sauvage, démontrant ainsi une indépendance d’esprit souvent rencontrée chez les passionnés de nature. Mais elle aimait aussi rencontrer des gens sur le bord des fosses et prendre le temps de jaser, ou tout simplement de les regarder pêcher le saumon. « À la pêche au saumon ou quand je me retrouve en pleine nature, chaque moment est précieux », me confie-t-elle avec sagesse.

     Je n’ai malheureusement jamais pêché le saumon avec Bella. En revanche, je l’ai souvent rencontrée lors d’événements tels le Colloque annuel de la FQSA ou encore le Forum de pêche à la mouche que la Confrérie des pêcheurs à la mouche organisait chaque année en Estrie. J’ai eu aussi la chance d’agir comme figurant avec Bella dans un film de pêche de la truite tourné en 1987 dans Charlevoix par l’équipe de Jean Rémillard intitulé Le temps d’une pêche. Durant les dix jours qu’a duré le tournage, j’ai passé de longues heures en sa compagnie au cours desquelles j’ai pu davantage apprécier non seulement ses connaissances de la nature en général, mais surtout l’immense respect qu’elle lui voue grâce au bien-être qu’elle lui procure.

     De même, une vidéo intitulée Bella, moucheuse de nature a été réalisée en 1987 par le ministère du Loisir, Chasse et Pêche. On y voit Bella en pleine action dans son canot, exécutant des lancers avec sa canne à moucher et témoignant de son amour et de sa passion pour ce type de pêche, car selon elle « la mouche fait partie de la nature ».

     Par ailleurs, Bella n’aimait pas être l’objet de toute cette attention médiatique, et comme elle le disait : « Je n’ai jamais couru après cela. » Cette humilité la rendait encore plus crédible, et c’est la raison pour laquelle elle a eu autant d’influence sur les pêcheurs qui l’ont connue.

     À l’époque, je me souviens que Bella me parlait de ses excursions de canot-camping. Elle partait seule durant plusieurs semaines en camping sauvage, parcourant les rivières et les lacs, se nourrissant de ses captures. Aujourd’hui, plus de vingt ans plus tard, elle réalise encore des excursions en pleine nature, se déplaçant avec son canot et dormant sous une tente la nuit venue. « Je ne suis malheureusement plus capable de portager mon canot comme je l’ai fait très souvent quand je partais en excursion, mais j’ai encore la possibilité de manoeuvrer mon canot de seize pieds avec mon aviron et je compte le faire encore pendant de nombreuses années », m’a-t-elle dit avec beaucoup de détermination dans la voix. D’ailleurs, durant l’été 2010, elle a passé près de deux mois à faire du canot, du camping sauvage et de la pêche à la mouche.

     Même si aujourd’hui elle ne pratique plus la pêche du saumon, c’est avec beaucoup d’émotion qu’elle se rappelle et me partage ses souvenirs. Elle m’a aussi confié qu’elle parle souvent de la pêche du saumon à ses enfants et à ses amis.

     Nous connaissons tous des gens qui nous marqués, de qui on retient des enseignements précieux grâce à leur attitude et aux valeurs qu’ils transmettent. Bella Bérard fait partie de cette catégorie de personnes exceptionnelles que j’ai eu la chance de connaître et de côtoyer dans ma vie.

Référence

» FQSA (2010).

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