La Perle de la Chaudière

     Montez vous-même cette nymphe artificielle dont la ressemblance avec l'insecte naturel peut tromper l'oeil le plus critique.

La Perle de la Chaudière
     Plusieurs personnes m'avaient parlé des grosses truites brunes qui nageaient dans les eaux de la rivière Chaudière, non loin du lac Mégantic. Quand je péchai ce secteur pour la première fois, il y a quelques années, je remarquai une quantité impressionnante de carapaces nymphales de plécoptères dérivant à la surface de l'eau. Au cours des journées précédant mon arrivée, il avait plu. Le niveau de l'eau s'était légèrement élevé entraînant dans son courant les carapaces séchées que les perles adultes avaient abandonné sur les roches. Je notai soigneusement le tout dans mon calepin et capturai quelques spécimens vivants que je déposai dans une fiole.

     Prendre une grosse truite à la mouche peut être difficile. Pour y arriver, il importe de combiner présentation naturelle avec choix de l'artificielle. Comme la présentation est conséquente du choix, la sélection de l'artificielle doit se faire sérieusement, surtout si elle est destinée à leurrer un thophée. Une présence aussi abondante de plécoptères dans ce secteur de la rivière Chaudière devait certes influer beaucoup sur les habitudes nutritives des truites.

     Ces préceptes en tête, je me mis en frais de chercher une imitation qui se rapprocherait le plus des insectes capturés. Après avoir questionné plusieurs volumes, je trouvai la réponse dans le livre de Poul Jorgensen Modem Fly Dressings for the Practical Angler.

     Au chapitre 7, l'auteur enseigne comment monter une imitation ressemblant en tout point à une nymphe de perle naturelle. J'ai donc adapté le modèle de Jorgensen pour le rendre plus conforme aux nymphes prises dans la Chaudière, en y ajoutant un sous-corps de soie floche noire, en substituant le latex à une section de plume de queue de dinde et en modifiant quelque peu les couleurs. C'est Michel Lavallée, fondateur de la Confrérie des pêcheurs à la mouche Atos, qui la baptisa «Perle de la Chaudière».

     J'emploie cette nymphe au printemps en eau haute et durant l'été lorsqu'aucune activité n'est apparente. Je la lance toujours à contre-courant et, le fil de plomb attaché à la hampe de l'hameçon aidant, elle atteint rapidement le fond de la rivière. Présentée de cette façon, elle dérive près du repaire des grosses truites. Alors lorsque ma ligne se raidit, j'ai toujours espérance qu'une grosse «mémère» y sera accrochée...

Toilette

Hameçon: Mustad # 79580 Nos 2-4-6-8;
Fil: Pré-ciré, noir 6/0;
Sous-corps: 1) Deux fils de plomb attachés de chaque côté de la hampe sur toute sa longueur; 2) Soie floche noire ou brune qui recouvre la hampe et le fil de plomb;
Queue: Barbe de plume d'oie teinte noir ou brun, 1/2 fois la longueur de la hampe;
Corps: Bande de latex de 1/4 pouce de largeur teinte de crayon feutre à encre indélébile (noir ou brun) sur les faces intérieure et extérieure du latex;
Elytre (sac aillaire) : Section de plume de queue de dinde;
Thorax et pattes: Poils de dos d'un lièvre (robe d'été) attachés selon la méthode de la boucle; Antennes: Même que la queue.

Étapes de montage

1

Le fil est enroulé sur toute la longueur de la hampe.

2

Le fil de plomb est attaché de chaque côté de la hampe, sur toute sa longueur.

3

Les antennes et la queue sont ensuite attachées dans l'ordre mentionné. A noter que les barbes prélevées sur la plume d'oie doivent provenir du côté où elles sont plus courtes. La vignette montre la façon d'attacher les barbes de plume d'oie.

4

La soie floche noire ou brune est enroulée sur la hampe. Son point d'attache se situe à l'arrière; la soie est enroulée vers l'avant, pour revenir finalement vers l'arrière où elle sera solidement fixée.

5

Pour faciliter l'attache de la bande de latex, il est préférable de la couper en biseau à une extrémité.

6

La bande de latex est attachée. Noter qu'à ce moment la face intérieure (celle qui touche à la hampe de l'hameçon) doit être teinte à l'aide d'un crayon feutre à encre indélébile de couleur noire ou brune.

7

La bande de latex est enroulée jusqu'à 1/2 de la longueur de la hampe. Ensuite c'est la pose d'une section de plume de queue de dinde. Elle doit être de même largeur que la partie arrière du corps de la mouche (où est enroulé le latex).

8

A l'aide du fil, une boucle est formée, retenue à son extrémité par une pince à hackle ou tout autre objet. Une pincée de poils de lièvre est insérée dans la boucle et répartie de façon égale. En tirant légèrement la boucle vers le bas, il se créera une pression sur les poils et toute l'opération préalablement décrite pourra être exécutée sans difficulté. Ensuite, la boucle est enroulée serrant ainsi les poils.

9

En mouillant les poils, ils sont tous ramenés vers un même côté.

10

Ils sont ensuite enroulés autour de la hampe en dirigeant les bouts des poils vers l'arrière.

11

Vous ramenez vers l'avant la section de plume de queue de dinde, afin de couvrir l'enroulage de poils de lièvre, et la fixez solidement à la hampe. Une fois ceci exécuté, vous ramenez vers l'arrière la section de plume de queue de dinde. Il ne vous reste plus qu'à répéter les étapes 8-9-10 pour couvrir la dernière partie de la hampe. Notez que le surplus de queue de dinde devra être coupé avant de former la tête.

12

Le produit fini. Pour plus de réalisme, le dos de la nymphe seulement peut être coloré en brun ou en noir selon le cas. Le dessous de la nymphe (ventre) sera alors plus pâle que le dos reproduisant ainsi le même phénomène que chez les nymphes naturelles.

Références

» Texte & Photos: Gérard Bilodeau (Avril 1982).
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.
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