L’Avançon (Bas de Ligne) par Serge J. Vincent

     On n'a qu'à jeter un coup d'oeil sur le contenu de l'estomac d'une truite, pour se rendre compte de la multitude d'insectes qui s'y trouvent. Or, le pêcheur tente de tromper le poisson avec un insecte artificiel qui n'est en somme qu'un amas de plumes ou de poils monté sur un hameçon.

L’Avançon
     Le regretté Serge Deyglun se plaisait à citer Charles Ritz qui attribue 85% du succès de la pêche à la mouche au lancer bien exécuté. Art Flick opte pour la théorie de l'imitation parfaite. Léonard M. Wright, jr. attribue ses succès à la technique non pas du lancer, mais des mouvements qu'il imprime à son artificielle. Ils ont tous raison, et j'accepte leurs théories, mais sous toute réserve, car il existe beaucoup trop d'impondérables pour ne justifier le succès que par une de ces tactiques, quand on sait que les agissements du poisson sont imprévisibles.

     Il y a un tas de choses que le moucheur doit considérer lorsqu'il se prépare pour une journée de pêche. Il doit, selon le type de poisson recherché, le type d'eau pêchée et les conditions dans lesquelles il effectuera son lancer, choisir la canne idéale, la ou les ficelles (soies) nécessaires, le moulinet (en considérant la pesanteur et la capacité de rangement), les artificielles qui tromperont le poisson et sans doute les avançons (bas de ligne) qui lui permettront de présenter sa mouche "en douceur" tromper le poisson, le ferrer et enfin garantir sa présence au petit déjeuner.

     L'hiver ne se prête pas tellement à la pêche à la mouche, mais c'est le temps tout désigné en regard des préparatifs. A ce moment-ci, le moucheur fait l'inventaire de ses équipements, de ses mouches, mais souvent oublie ou néglige de faire l'inventaire de ses avançons, et lorsque le temps arrive, il se voit à moitié préparé et sa pêche en souffre. S'il considère à sa juste valeur l'avançon, le moucheur peut se garantir un inventaire très varié, adapté à n'importe quelles conditions de pêche qu'il rencontrera au cours de la saison qui approche à grands pas.
L'avançon (bas de ligne), indépendamment de sa grosseur, doit avoir les qualités suivantes: — il doit être presque invisible aux yeux du poisson; — il doit être assez fort pour résister aux courses du poisson ou lorsque le pêcheur le ferre; — il doit rouler, s'étendre et placer la mouche à une bonne distance de la ficelle sans encombrement. Quand on pêche "sec" il doit présenter la mouche en "douceur", et citant Serge Deyglun: "comme une caresse, un baiser... un chatoyant bécot sur l'onde": — il doit aussi permettre à l'artificielle de dériver à la façon d'un insecte naturel.

     On vient de voir les qualités que doit avoir un avançon, mais il faut garder à l'esprit que sa fonction première est de dissocier, séparer la mouche de la ficelle, et l'avançon, indépendamment de sa grosseur, est très visible et peut effrayer le poisson.

     Avant de voir de près l'avançon, je m'en voudrais de ne pas adopter une terminologie spécifique au domaine de la pêche à la mouche. Encore aujourd'hui, plusieurs pêcheurs appellent un avançon un "nerf". Ce nom vient du fait que jadis l'avançon était fabriqué de nerfs ou d'intestins d'animaux. Beaucoup de pêcheurs le désignent sous le nom composé de "bas de ligne". Il est vrai que l'avançon est "un bas de ligne", mais ce terme est trop général donc à déconseiller. Nos académiciens n'ont pas encore traduit le nom anglais "Tippet" qui est en somme la potence qui joint la mouche au bas de ligne, donc je l'emploierai, mais en l'encadrant de guillemets. Enfin, aujourd'hui les cordes destinées à la pêche à la mouche sont fabriquées de divers matériaux et une corde de soie ne se trouve plus sur le marché; donc, employer le terme, ficelle, et à déconseiller "soie" ou "corde à moucher".

     Il existe sur le marché deux groupes d'avançons, soit les avançons dits parallèles qui ont un diamètre uniforme sur toute leur longueur et les avançons dits "queue-de-rat". Les avançons genre "queue-de-rat" se subdivisent en deux types bien distincts. Il y a les avançons qui s'amincissent de façon continue et les avançons qui s'amincissent par degrés. Ces deux types d'avançons sont fabriqués commercialement et sont disponibles dans la plupart des magasins de sport connus. Cependant, le pêcheur a tout à gagner s'il les attache lui-même.

bas de ligne
     L'avançon dit parallèle n'offre aucun avantage; donc nous ne verrons que le type d'avançon: — qui satisfait aux besoins du moucheur et qu'il peut fabriquer lui-même, sur place, (à la pêche) ou devant un feu de foyer en rêvant aux truites qu'il séduira dans quelques mois.

     Mon bon ami Cliff Jodry est convaincu que les avançons noués sont supérieurs à ceux qui s'amincissent de façon continue. Je pense comme lui, et que "beaucoup de pêcheurs se font inutilement du souci au sujet du noeud qui relie les divers segments de l'avançon. Ces pêcheurs semblent penser que les noeuds peuvent causer des remous dans l'eau et empêcher l'avançon de bien jouer son rôle. Au contraire, les noeuds rendent l'avançon plus rigide et le lancer plus précis, ce qui donne, par surcroît, une meilleure présentation de la mouche".

     Le pêcheur qui achète ses avançons ou celui qui les fabrique lui-même doit se rappeler qu'un avançon de qualité supérieure est régi par certaines règles. Il doit, s'il veut tirer le maximum des avantages qu'offre la pêche à la mouche, voir à ce que l'avançon qu'il achète rencontre les exigences suivantes:

     1 - l'avançon doit être fabriqué à base de "nylon" que l'on appelle commercialement "monofilament" ou "monobrin".

     2 - le diamètre du gros bout (qui relie l'avançon à la ficelle) doit mesurer approximativement 75 % du diamètre de la ficelle, et ce pour que l'avançon reçoive l'énergie nécessaire pour bien rouler et s'étendre.

     3 - La partie la plus épaisse de l'avançon doit être la plus longue. Elle devrait mesurer environ 60% de la longueur totale, la partie intermédiaire 20% et le "Tippet" potence qui attache la mouche à l'avançon 20%.

     4 - Le "Tippet" de l'avançon doit bien convenir à la mouche artificielle (grosseur de l'hameçon) et au poisson qu'il s'attend de capturer (pesanteur et type).

     Le pêcheur qui observe ces règles fondamentales à l'achat ou en attachant lui-même ses avançons, ne se verra jamais importuné par un avançon tombant à l'eau, en tas ou entremêlé. J'aimerais noter ici que c'est souvent à cause d'un avançon mal conçu que le pêcheur se décourage.

     Comme toute autre chose, dans ce sport qu'est la pêche à la mouche, le choix de l'avançon est sujet à plusieurs considérations: pour le novice, la sélection de l'avançon semble à priori très embêtante, mais avec un peu d'expérience, tout cela deviendra naturel et il fera son choix sans même s'en rendre compte.

     Vous pourrez suivre sur le tableau (1) le choix du "tippet". Bien que ce tableau soit le mien, et adapté au type de matériel que j'emploie, il représente, à toute fin pratique, un tableau type que peuvent vous fournir les manufacturiers de matériel à avançons.

TABLEAU #1

choix du «tippet»
Grosseur du "Tippet" Diamètre (millième de pouce) Lb résistance (approx.) Grosseur de l'hameçon.
     La grosseur du "Tippet" est inversement proportionnelle au diamètre (exprimé en millièmes de pouce), et ce, à partir du diamètre de .011 pouce. Il est normalement accepté par les ma-nufacturiers, qu'ils désignent par un chiffre suivi d'un (X) les avançons dont le diamètre est égal ou inférieur à .011 pouce.

     En me référant au tableau, je sais qu'un avançon, dont le "Tippet" est de 5X, mesure .006 pouce de diamètre (.011 - .006 = .005 ou 5X), offre approximativement 3 livres de résistance (lb/test) et peut recevoir une mouche artificielle dont l'hameçon est de grosseur 12 - 14 - 16 ou 18. Pour les avançons qui ont un diamètre supérieur à .011 pouce tels que ceux employés dans la pêche au saumon ou au maskinongé, les manufacturiers les désignent ainsi:
     - 10/5 = .012         10 Ib
     - 9/5 = .013           11 Ib
     - 8/5 = .014           12 Ib
     - 7/5 = .015           13 Ib

     J'aimerais vous mettre en garde contre les spécifications que les différents manufacturiers se plaisent à mettre sur les étiquettes des bobines. Premièrement, vu le nombre de manufacturiers, le matériel à avançon peut varier en résistance, en flexibilité, en résistance du noeud, résistance aux faux-plis et enfin en durée. Un bon monofilament utilisé dans la pêche au lancer léger ne rencontre pas nécessairement les besoins du moucheur. Aussi, il se glisse souvent des erreurs dans l'étiquetage et il arrive que la résistance ainsi que le diamètre indiqué sur l'étiquette ne correspondent pas toujours au contenu de la bobine. Même dans ce cas, le diamètre du monofilament d'un manufacturier ne correspond pas toujours à celui d'un autre.

     A toute fin pratique, si le pêcheur n'a pas de micromètre pour mesurer le diamètre du monifilament, il peut tout de même s'éviter bien des ennuis en attachant son avançon avec le monofilament de même marque.

     Nous verrons au tableau II, le noeud employé dans la fabrication des avançons qui s'amincissent par degrés. C'est le seul noeud que je connaisse qui rencontre les spécifications exigées par les moucheurs.

TABLEAU #11; (NOEUD DE POTENCE)

noeud de potence 1
Les deux extrémités des brins se chevauchant, enrouler l'une des extrémités autour de l'autre, en faisant au moins cinq tours. Compter le nombre de tours. Passer le bout libre entre les brins, comme l'indique la flèche.
noeud de potence 2
Pour empêcher le noeud de filer, tenir l'extrémité contre les tours déjà effectués, entre le pouce et l'index, à l'endroit marqué d'un "X". Enrouler l'autre bout libre autour de l'autre brin, en faisant le même nombre de tours, mais dans la direction opposée.
noeud de potence 3
Voici l'aspect que le noeud présente lorsqu'il a été tenu fermement en place. Les tours s'équilibrent dès qu'on les relâche.
noeud de potence 4
Il ne reste plus maintenant qu'à tirer sur les brins.
noeud de potence 5
A mesure que l'on tire, les tours se resserrent (on peut à ce moment raccourcir les bouts libres, si l'on veut éviter de couper trop de brin).
noeud de potence 6
Le noeud fini présente cet aspect. Il ne reste plus qu'à couper les bouts libres près du noeud.

Tableau #111

     Afin de bien comprendre la construction de l'avançon, je vous présente dans le tableau III, l'avançon dont je me sers du début à la fin de l'été.

     Le "tippet" qui mesure ici 26 pouces, peut être changé à volonté, afin de l'adapter à la grosseur de la mouche employée.

avançon 12 pieds

     Je n'ai fait ici qu'un bref exposé sur l'avançon, mais il est tout de même suffisant pour que vous puissiez l'attacher vous-même. Avant de terminer, je m'en voudrais de ne pas mentionner qu'il existe des trousseaux à avançons sur le marché. Ils sont tous disponibles là où l'on se spécialise dans la pêche à la mouche.

Références

» Texte & Photos: Serge J. Vincent (Mars 1973).
» Magazine Québec Chasse & Pêche.

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