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  1. Le streamer Matuka, où, quand, comment?

Le streamer Matuka, où, quand, comment ? par Louis Tanguay

     Il m'arrive assez souvent, en voyage de pêche, de rencontrer d'autres pêcheurs à la mouche et de bavarder avec eux. Vous devinez facilement de quoi il est question quand des pêcheurs à la mouche se rencontrent! Outre les histoires de pêche, ce sont souvent nos artificielles qui nous intéressent le plus dans ces échanges.

     J'ai pu constater assez régulièrement le peu d'importance que plusieurs pêcheurs à la mouche accordent aux streamers. La plupart ont des boîtes bien garnies de mouches sèches, de mouches noyées et de nymphes. Si j'exclus le Muddler Minnow qui ne cesse de rendre service à tant de pêcheurs, et qui détient, à lui seul, un nombre record de prises de toutes sortes, le streamer, en général, ne semble pas avoir acquis la confiance d'un grand nombre de pêcheurs à la mouche.

     De ce fait, plusieurs sont désemparés quand la mouche sèche, la mouche noyée et la nymphe semblent inutiles.

Observations

Le streamer Matuka, où, quand, comment?
     Pour aider ceux qui aimeraient améliorer leur efficacité avec ce type d'artificielle, voici quelques aperçus de ma façon de pêcher avec le streamer Matuka et de l'attacher dans le style Matuka.

     Ce qu'on appelle streamer c'est d'abord et avant tout cette artificielle dont l'aile est faite, le plus souvent, de plumes de selle de coq ou de marabou. Par son profil et son comportement dans l'eau, il vise à imiter les petits poissons de nos eaux.

     Pour bien comprendre comment utiliser cette mouche, il m'apparaît utile d'observer quelques instants les poissons. Tout le monde sait que la truite, le brochet et le doré sont des prédateurs. Ils ne se gênent pas, quand ils en ont le goût, pour gober même leurs semblables. C'est à ce titre que les imitations peuvent être efficaces.

     Il est facile d'observer le comportement des ménés. Il suffit de se tapir près d'un cours d'eau ou d'un lac, et de regarder attentivement. Quelques minutes suffisent généralement pour déceler leur présence.

     Dans le cas de la truite, par exemple, il est étonnant de voir comment ces poissons, dès qu'ils se sont débarrassés de leur sac vitellin, se mettent en quête de nourriture. Ils vont vers tout ce qui bouge, font rarement de longues courses et sont constamment en mouvement. S'ils se déplacent, c'est pour se rapprocher d'un corps en suspension dans l'eau.

     Tantôt ils pointent vers la surface ou plongent vers le fond, puis reviennent à leur point de départ; s'ils font un mouvement vers la gauche, vers la droite, ils ne tardent pas à revenir à leur position initiale. Quand ils laissent leur territoire, relativement restreint, et leurs couverts qui les protègent pour aller vers des endroits plus riches en nourriture, ils risquent d'être la proie des plus gros. Surtout la nuit, quand c'est moins gênant pour les gros!

Imitation

     La tête remplie de ces images et à cause de l'application que je mets, à imiter le comportement des insectes naturels, en péchant à la mouche sèche ou à la nymphe, j'ai voulu en faire autant en péchant avec des streamers.

     Le problème m'apparaît comme suit: tenter de cerner le comportement d'un poisson de taille, et transmettre à mon streamer les réactions d'un méné.

     La première étape dans la recherche d'une stratégie adéquate est le choix des streamers. Quand j'attache des streamers, je tiens compte le plus possible de la couleur et de la dimension moyenne des ménés qui habitent mes endroits de pêche préférés.

     Cette considération cependant, bien que très utile, n'est pas absolue; il existe des streamers dits «attractifs» qui n'imitent, à ma connaissance, aucune espèce de poisson et qui sont parfois très efficaces. L'impossibilité d'établir des critères précis dans le choix des artificielles n'est pas à la veille d'être résolue; il faudrait «penser poisson» pour y arriver vraiment.

Utilisation

     Si le choix du streamer a son importance, bien s'en servir m'apparaît nettement plus impératif. À ce sujet, je vous suggère d'éviter les longs lancers. Il est très difficile de maîtriser l'artificielle au-delà de 30 à 40 pieds (9 à 12 m). Je préfère de beaucoup m'approcher délicatement des endroits propices et prendre le temps d'observer.

     De plus, une canne de 8½ pieds (2 m 60) et plus comporte un avantage: moins il y a de soie à la surface de l'eau, plus il est facile de maîtriser le streamer. J'aime bien également voir le streamer s'enfoncer le plus rapidement possible en touchant l'eau; ainsi, j'évite les faux lancers qui assèchent inutilement l'artificielle.

     Une fois la présentation réussie, laissez le streamer descendre à une profondeur convenable; commencez à récupérer votre soie par secousses; évitez de récupérer trop de soie à la fois; quelques pouces de fil, pas plus; ne vous gênez pas pour être brusque; ainsi, chaque fois que vous récupérez quelques pouces de soie, l'aile se couche sur le corps de la mouche, et dès que vous cessez l'aile se soulève.

     Vous le remarquerez, si votre soie est bien tendue: plus le mouvement est saccadé, plus vous animez votre streamer.

     Je tiens à vous faire remarquer tout de suite que vous aurez peut-être tendance à relever un peu plus chaque fois le bout de votre canne en tirant sur la soie. Combattez ce réflexe, autrement vous aurez en peu de temps le bout de votre canne au-dessus de la tête et le manque d'espace pourrait vous empêcher de ferrer suffisamment votre prise.

     Une autre façon souvent efficace d'utiliser le streamer c'est de récupérer, en un coup, deux ou trois pieds de soie, puis attendre; ne soyez pas trop pressé. Si vous réussissez bien cette technique, le streamer devrait monter vers la surface et, à votre arrêt, replonger tête première vers le fond.

     Enfin pour compléter vos efforts et donner à votre streamer une allure nerveuse, faites onduler légèrement le bout de votre canne. Ce mouvement est assez facile à communiquer lorsque vous tenez fermement le manche de votre canne et que vous agitez votre poignet.

Dans les rivières

     Il est généralement reconnu qu'en rivière, le poisson, et plus particulièrement la truite, se tient dans le courant. Les raisons sont nombreuses; d'abord il y trouve sa nourriture assez facilement, le courant lui met la table! L'eau y est bien oxygénée et lorsqu'il se déplace ses efforts sont plus efficaces.

     Dans de telles conditions, il est avantageux de laisser le streamer dériver librement à un angle d'environ 90° avec le courant. Le poisson verra tout le profil de l'artificielle. Pour ce genre de pêche, une soie flottante me semble préférable; vous aurez constamment à corriger l'effet du courant sur la soie, sinon elle sera entraînée par le courant et à son tour forcera l'artificielle à descendre tête première dans le courant.

     Pour maîtriser la présentation et le mouvement de l'artificielle, il suffit de déplacer la soie en amont du streamer sans le sortir de l'eau; comme généralement l'eau emporte la soie plus vite que l'artificielle, vous devez sans cesse corriger la situation.

     Cette technique permet au streamer de s'enfoncer davantage et de rester perpendiculaire au courant, sans que vous ayez à récupérer 30 à 40 pieds (9 à 1 2 m) de soie.

     C'est souvent lorsqu'il ne reste plus que quelques pieds à récupérer et que le streamer monte vers la surface, que le poisson s'y attaque. Soyez aux aguets!

Fixation

     Le comportement d'un streamer conventionnel, même utilisé avec application, ne m'a jamais satisfait complètement. Lorsque le streamer se déplace dans l'eau, j'ai toujours trouvé que le battement de l'aile sur le corps était nettement exagéré; surtout pour imiter un petit poisson.
Par ailleurs, il est difficile de savoir si l'aile est bien déployée; le plus souvent elle s'enroule autour du corps ou de la courbure de l'hameçon.
La façon «Matuka» d'attacher le streamer résout singulièrement ces difficultés, en fixant l'aile au corps de la mouche. La silhouette et le comportement du streamer dans l'eau en sont grandement améliorés.

     Ce sont les Maoris, indigènes de la Nouvelle-Zélande, qui, les premiers, semble-t-il, ont attaché leurs streamers de cette façon. Merci messieurs! Dans la langue maorie, «Matuka» signifie butor, un échassier parent du héron, bien connu ici pour son cri si particulier. Les Maoris utilisaient les plumes de cet oiseau dans la fabrication du streamer «Matuka».

Montage

     À cause des nombreux avantages qu'apporte cette façon d'attacher les streamers et pour aider ceux qui seraient tentés d'en faire l'expérience, voici les étapes de montage, et quelques trucs susceptibles de vous faciliter la tâche.

Matériel

Matuka
Hameçon: 8 Mustad #1/0 à 12.
Fil: la couleur du fil est fonction de la couleur du corps.
Corps: fourrure — laine ou orlon.
Côtes: fil métallique ovale, doré.
Ailes: quatre hackles de selle de coq.
Gorge: laine rouge.
Collier: hackle de selle de coq.
Les couleurs peuvent varier grandement, selon l'imitation que vous envisagez.


     Une fois l'hameçon maintenu dans l'étau, enroulez votre fil jusqu'au début de la courbure. Fixez un bout d'une section du fil métallique ovale, doré. Confectionnez le corps en enroulant la laine en tours serrés et rapprochés; quand vous aurez recouvert les 4/5 de la hampe, terminez le corps par quelques tours de laine rouge. Ancrez solidement la laine et saturez de vernis votre noeud.

     Pour la confection de l'aile, vous pouvez utiliser des plumes du cou d'un coq. Choisissez deux hackles de même taille de chaque côté du cou; fixez-les sur le dessus, juste à l'avant du corps, les côtés lustrés à l'extérieur.

     Jusqu'ici tout va bien, c'est la façon régulière d'attacher un streamer, mais voici l'astuce Matuka!

     Entre le pouce et l'index gauche, tenez fermement l'aile à la hauteur de la courbure de l'hameçon; avec le pouce et l'index droits, tirez fermement vers l'avant sur les fibres du hackle pour qu'elles restent verticales, (photo 1)

     Cette opération faite, saisissez le fil métallique et après un premier tour juste au début du corps, segmentez le corps du streamer par d'autres tours en prenant bien soin de glisser le fil métallique entre les fibres des hackles. (photo 2)

     Soutirez les fibres coincées sous le fil métallique, (photo 3)

     Si vous avez réussi cette opération, l'aile devrait se trouver bien fixée au corps. Vous constaterez que les fibres de l'aile restent hérissées.

     Le collier est attaché de façon conventionnelle, (photo 4)

Matuka «Sculpin» «Chabot»

     Ce style de streamer me plaît particulièrement. L'aile est fixée comme la précédente, mais sans collier. Au point d'ancrage de l'aile, j'attache de chaque côté du corps une plume de perdrix ou de faisane, de sorte qu'elle se courbe vers l'extérieur; je complète la tête avec du poil de corps de chevreuil, que je taille légèrement en fuseau vers l'avant.

 Références

» Texte: Louis Tanguay (Avril 1980).
» Photos: Bill Dousett.
» Magazine Sentier Chasse & Pêche.